1958, commission Rueff puis, en 1959, rapport Rueff-Armand sur « les obstacles à l’expansion ». Les professions réglementées, avec leur numerus clausus, sont montrées du doigt. 2008, rapport de la commission Jacques Attali sur « la libération de la croissance française ». Même observation, même dénonciation. Un constat évidemment accablant sur le conservatisme de ce pays, sur la classe politique qui l’a si mal dirigé, et ses hauts fonctionnaires déconnectés du monde moderne. Non pas que la situation n’ait pas changé en cinquante ans. La sphère privée et l’économie de marché ont fait des pas de géant (croissance économique mondiale de 5 % par an). Tandis que la sphère publique, empêtrée dans ses dogmes, tirait la France vers le bas. Mais le point le plus grave est que la sphère publique, qui représentait quelque 35 % du PIB en 1958, accapare et dévore aujourd’hui 53 % de cette richesse ! Et cela, le rapport Attali l’ignore !... C’est pourtant le frein principal à la croissance française. Certaines des propositions du rapport (présentées comme des « décisions ») aboutiraient mêmes à augmenter la sphère publique et donc les dépenses : les secteurs de la santé et du logement devraient en effet s’enfoncer davantage encore dans la voie de l’économie administrée. S’agissant de la distribution, la commission constate, à juste titre, que toutes les lois Royer, Galland ou Raffarin n’ont pas empêché la disparition du petit commerce de proximité. Qu’il convient donc d’abolir ces lois purement et simplement. Mais est-ce en faisant confiance à une réglementation de l’urbanisme encore plus tatillonne (avec autorisation donnée aux maires de décider de l’affectation des locaux…) qu’on obtiendra le résultat désiré ? Le droit de la construction et de l’urbanisme, réduit à sa plus simple expression avant la dernière guerre (le permis de construire obligatoire pour toute construction apparaît en 1943) n’est-il pas responsable de la crise du logement, tout comme les lois sur le commerce sont responsables de la mort du petit commerce de proximité ?... Les membres de la commission Attali conservent une confiance aveugle dans l’efficacité de l’État. C’est ainsi que, pour accélérer le développement de l’information numérique, ils proposent de créer un poste de « haut-commissaire », dont notre pays serait d’ailleurs le seul à se doter. On se souvient qu’en 1981, François Mitterrand, sans doute sur la suggestion de Jacques Attali, avait cru devoir créer un « centre mondial informatique »… Le texte commence par « la décision fondamentale 1 » : «  Se donner les moyens pour que tout élève maîtrise avant la fin de la sixième le français, la lecture, l’écriture, le calcul, le travail de groupe, l’anglais et l’informatique.  » Au-delà de la banalité de cette proposition, on est frappé par la locution « se donner les moyens », reprise par la plupart des médias, en particulier à la télévision, comme un leitmotiv pour expliquer tout problème d’ordre social dans notre pays. L’Éducation nationale manque-elle de moyens ? Évidemment non ! Ceux dont elle dispose, elle les gaspille ! Ce n’est certainement pas par l’augmentation de la dépense publique, de l’intervention de l’État, ni même par la création de nouvelles structures administratives qu’on libérera la croissance française. Il faut commencer par supprimer les gaspillages. Qui trouvent leurs sources dans les lois inutiles, les interventions nuisibles, les structures corporatistes et les dépenses de complaisance. Et donc, en premier lieu, ne pas installer Jacques Attali dans un nouveau Palais national !